Fruits,  Soins visage

La fleur d’oranger : entre douceurs et senteurs virginales…

En huile ou en eau, ce concentré de sensualité gourmande a su s’imposer, depuis l’Antiquité, comme un symbole de pureté aux multiples vertus. Secret de beauté, alicament naturel, ingrédient culinaire, la fleur d’oranger et ses senteurs profondes, aussi déliées que ses pétales d’un blanc immaculé, incarnent l’essence universelle du bien-être et de l’harmonie. 

Non loin de Rabat, des hectares de verdure dessinent un paysage tabulaire d’où surgissent, ici et là, quelques reliefs accentués. Nous sommes dans la région de Khémisset, complantée de milliers d’arbustes et d’arbres aux feuilles en fuseau, persistantes et luisantes : les Citrus aurantium, plus communément appelés bigaradiers, issus de la grande famille des Rutacées qui compte 900 espèces, réparties en 150 genres, à l’instar des agrumes. Si les uns sont tantôt intenses et doux, tantôt relevés et léchés, le bigaradier, qui mesure entre cinq et dix mètres, se distingue autant par les notes amères de son petit fruit – la bigarade ou orange amère, dont la chair est acide, peu juteuse et emplie de pépins – que par ses fleurs blanches, plus grandes que celles de l’oranger doux, et aux senteurs enivrantes.

Son origine est incertaine : de Chine, indiqueront certains ; d’Inde, affirmeront d’autres. Mais tous s’accorderont à dire que les doux baisers parfumés de l’air ayant effleuré la fleur d’oranger, et l’extrême blancheur de ses pétales, enivrent les sens depuis l’Antiquité, où elle ornait traditionnellement les couronnes des jeunes mariées. L’engouement pour cette fleur gagna l’Arabie. Dès lors, elle suivit l’expansion de l’empire islamique et s’implanta dans tout le pourtour méditerranéen et l’Espagne. Le reste de l’Europe ne la découvrit qu’à partir du XIe siècle, où elle fut introduite en Sicile puis en Provence par les Croisés. 

Trop fragile pour supporter une distillation…Les Arabes, friands de ses senteurs, perfectionnèrent, alors, un principe grec pour mettre au point un « Al inbiq », permettant de séparer la matière de ses constituants volatils, par la vapeur d’eau. L’huile essentielle de fleur d’oranger était née. Bien des siècles plus tard, à la fin du XVIIe pour être précis, Anne-Marie Orsini, coquette et mondaine duchesse de Braccio, princesse de Néroli, conquise par l’arôme rafraîchissant et épicé de cette huile que rehaussent des notes sucrées et fleuries, l’utilisa pour parfumer à la fois ses effets et son bain. Ainsi parée de cette fragrance, la princesse laissait toujours dans son sillage ce subtil parfum embaumant, propulsant l’essence de fleur d’oranger, à laquelle est associé son nom, au summum de la mode. 

Aujourd’hui, le Maroc est l’un des premiers producteurs de cette fleur dont les produits obtenus sont divers et très recherchés : Néroli (pour laquelle 1 000 kg de fleurs sont nécessaires pour produire 1 litre), eau de fleur d’oranger, absolue d’oranger (obtenue par extraction aux solvants volatils des fleurs de l’oranger). À l’instar de sa production, ses utilisations sont variées. Les vertus sédatives des feuilles et des précieuses fleurs sont unanimement reconnues, tout comme leur faculté à calmer l’anxiété ou les petits maux de ventre des nourrissons. Voilà pourquoi, surfant sur la vague du naturel, des alicaments et de l’aromathérapie, de nombreuses sociétés développent de plus en plus de produits à base de fleur d’oranger. 

Dans un autre registre, « el mà d’zhâr »s’invite à toutes les fêtes : circoncisions, fiançailles, mariages, tantôt sous sa forme liquide, tantôt dans de succulents mets et des délicieuses pâtisseries, dont seul le Maroc détient tous les secrets. 

Toutefois, l’utilisation la plus répandue demeure dans la parfumerie et la cosmétique. Très précieuse aux grands voyageurs d’antan, elle est la compagne idéale des longues journées d’été par la brume fraîche et vivifiante qu’elle procure. 

D’un simple spray, elle revitalise, déstresse la peau tout en procurant un exquis bonheur olfactif, le même ressenti en humant Organza 2008 de Givenchy, qui a pour cœur la Néroli de Khémisset, savant mélange d’essences opulentes et fruitées, douces et sucrées, un mélange tellement marocain…